La thérapie cognitive processuelle

Anne Françoise Chaperon, psychologue clinicienne a accepté de répondre à mes questions sur la thérapie processuelle. Petite sœur des thérapies comportementales et cognitives (TCC, qui seront traitées dans un autre article), cet article explique cette nouvelle thérapie et comment elle a changé la vie des patients mais aussi des thérapeutes.

Peux tu te présenter?

Je suis Anne-Françoise Chaperon, je suis psychologue clinicienne, formatrice et superviseur en thérapie processuelle. Je me suis aussi formée à la TCC classique que je pratique depuis le début de ma carrière. C’est une thérapie qui me plait mais qui me donnait parfois le sentiment de bricoler. La TCC c’est un ensemble de techniques que j’avais du mal à relier entre elles pour en faire un tout cohérent dans une psychothérapie. C’était un peu au petit bonheur sans réelle vision d’ensemble.

Comment as-tu connu la thérapie cognitive processuelle (TCP) ?

Le Professeur de psychiatrie Irismar Reis de Oliveira, le créateur, est venu exceptionnellement du Brésil à Sainte-Anne (service de psychiatrie adulte parisien) pour former un groupe de thérapeute à cette technique. J’ai ensuite été certifiée par le professeur puis j’ai eu l’autorisation de former les collègues thérapeutes en France depuis 2013.

Peux-tu nous expliquer ce qu’est la TCP ?

C’est une manière originale et très structurée de pratiquer les TCC, à partir d’une métaphore,
celle d’un procès. C’est en lisant le roman de Kafka que le Professeur Reis de Oliveira a eu
l’idée de travailler autrement en thérapie.

Cette métaphore permet de mettre en procès des autoaccusations du type « Je ne suis pas aimable » et de donner l’occasion de tester cette accusation sous d’autres angles à l’aide d’un avocat pour défendre et d’ un jury qui va regarder de manière neutre et impartiale.

Cela permet d’avoir un point de vue qui n’est plus seulement accusateur, mais aussi un point de vue de défense et plus rationnel. C’est ce changement de point de vue qui sera thérapeutique. On renforce des parties plus bienveillantes que chacun a en soi et donc on modifie les câblages cérébraux. La personne met alors un coup de balai dans les mécanismes précoces issus de l’enfance et de l’adolescence pour venir construire dans la mémoire à long terme une vision de soi plus juste et plus fonctionnelle.

En d’autres termes, cela permet de travailler de manière structurée sur les schémas inconscients.

Quel est le point de fort de cette thérapie ?

Elle est très fluide et organisée. Cela m’a permis d’avoir des résultats plus rapides. Elle soulage donc le thérapeute du syndrome de l’imposteur. Le thérapeute n’est jamais perdu, il sait où il en est et ce qu’il va faire à chaque séance. Le patient, lui se remet à avancer vers ses valeurs, vers la personne qu’il veut être. Le patient ne bloque pas, on avance toujours en même temps, c’est une co-construction. En fin de séance, thérapeute et patient peuvent observer le changement qui arrive dans le cerveau.

C’est plutôt rapide, en moyenne 12 à 18 mois.

En supervision avec les professionnels, je vois des personnes qui ont utilisé plein de techniques et qui se sentent perdus dans un plan thérapeutique qui n’est plus un plan mais un puzzle. La question « qu’est-ce que je fais maintenant ? » n’existe plus en thérapie cognitive processuelle.

Quelles sont ses limites ?

Cela aborde peu les aspects émotionnels de la thérapie. Je couple cela avec une thérapie émotionnelle quand on doit travailler sur du trauma, j’ai alors recours à d’autres techniques.

Une des principales difficultés cela pourrait être un patient qui ne fait pas ses tâches mais c’est rare. En effet, c’est une thérapie où c’est le patient qui bosse ! Quand on est en crise aigüe (un épisode dépressif majeur), il faut d’abord calmer la crise avec un traitement médicamenteux.

Pour les enfants, il existe aussi un protocole mais je n’y suis pas formée. J’ai fait ma première thérapie cognitive processuelle avec une adolescente de 16 ans.

Quelles sont les raisons d’entreprendre ce type de travail ?

On peut conseiller d’avoir recours à une thérapie cognitive processuelle quand il y a des échecs répétitifs. Par exemple les mêmes échecs sentimentaux, vous tombez amoureux d’une personne indisponible de manière récurrente ; vous le savez mais vous ne pouvez pas faire autrement. Cela peut être aussi des problèmes relationnels avec une répétition de schémas agressifs ou pas assez affirmés et donc des difficultés de place dans les relations sociales. Quand on est enfermés dans un système en boucle qui se retourne contre soi : isolement social, échec sentimental, échec dans l’éducation des enfants. En somme, toutes les problématiques qui empêchent de s’épanouir comme on l’aimerait.

Et en temps de covid, est-ce qu’on peut faire une TCP en visio ?

La visio plus que jamais, cela marche tout aussi bien voire mieux. Pendant le travail thérapeutique, on remplit des documents et grâce au partage d’écran, patient et thérapeute voient la même chose au même moment et c’est très facilitant pour avancer pas à pas. Le patient me voit écrire en même temps. Il y a un avantage non négligeable à la visio.

Et pour les thérapeutes qui souhaitent s’y former, comment faire ?

Pour s’y former actionform92@gmail.com on se forme en ligne comme on veut avec accompagnement pédagogique avec intervision et supervision pendant un an. Si on veut se faire certifier, c’est possible cela se passe avec le Pr De Oliveira.

Des références bibliographiques ?

Trial Based Cognitive Therapy, écrit par le Pr Reis De Oliveira. Pour l’instant il existe seulement des livres ou des articles en anglais. Si vous souhaitez avoir des articles, n’hésitez pas à envoyer un email à l’adresse citée au-dessus.

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